Alors que côté anglo-saxon, Free League Publishing s’apprête à sortir une nouvelle boîte d’initiation en VO intitulée Over hill and under hill, voici un petit retour perso sur celle qui a accompagné cette deuxième version de L’Anneau Unique. Pour ceux qui l’ignoreraient, ce jeu de rôle officiel se déroulant en Terre du Milieu et en l’occurrence, pour s’initier à cette pratique comme à l’univers, la boîte en question propose d’incarner des Hobbits dans la Comté.

Pour ceux qui me connaissent un peu, ce n’est pas ma première incursion en Terre du Milieu puisque j’avais eu l’occasion de le faire lors d’un GN intitulé Les cendres de Fornost (qui a eu lieu en 2016… ça ne me rajeunit pas !).

Du Sacquet dans la Besace

N’y allons pas par quatre chemins, le choix d’Edge de traduire ce jeu de rôle en se basant sur la version française de Francis Ledoux interroge. Loin d’être nulle, elle date des années 70 et tend à être remplacée par une autre. En effet, depuis une dizaine d’années déjà, Daniel Lauzon et Vincent Ferré s’échinent à proposer une nouvelle traduction en français des textes de Tolkien, substituant Sacquet au profit de Bessac ou encore d’autres trouvailles comme L’Arpenteur plutôt que Grand-Pas et Fendeval en lieu de Fondcombe. Cela ne s’arrête bien évidemment pas là. Cette entreprise dépoussière au passage le style maniéré de Francis Ledoux, également traducteur de classiques de la littérature anglaise (Brontë, Shakespeare, pour ne citer qu’ielleux). Et se rapprocher du rythme et des choix du Professeur.

Ce choix marketing s’explique donc davantage avec les adaptations cinématographiques : la traduction de Ledoux a servi de base à la version française des films de Peter Jackson puisque Daniel Lauzon n’avait pas encore œuvré de manière officielle à cette nouvelle mouture en 2001. Et donc, pour se garantir un plus large public, Edge a préféré la première. Ce qu’on peut regretter avec des produits après 2020. Mais tant pis !

Notez bien que je ne suis pas un ardent défenseur de la nouvelle traduction, loin s’en faut, mais si je suis attaché à la version des années 70, c’est davantage par nostalgie que par raison. En tout cas pour ce qui est du Seigneur des Anneaux et du Hobbit, car sur Le Silmarillion, au vu de la traduction au mieux poussive de Pierre Alien, je n’ai rien à redire sur le travail de Lauzon !

Un supplément sur Fondcombe s’est caché dans cette image…

Un coffre bien fourni

Passé ce préambule sémantique, qu’en est-il du contenu de la boîte ?

Eh bien il est fort agréable pour les yeux. La carte de la région à explorer, la Comté donc, est magnifique, les fiches personnages bien imprimées et les livrets se prennent aisément en main. Ils sont au nombre de trois : un pour la région, un pour les scénarios et un pour les règles. Tout cela permet de se familiariser rapidement et facilement avec le jeu de rôle proposé ici.

Côté matériel annexe, on retrouve une poignée de D6 et deux D12 avec leurs particularités (des runes de Gandalf et des yeux de Sauron). Le reste est d’ordre cosmétique mais pas désagréable, dira-t-on. On a là des cartes format sous-bock permettant de situer son personnage dans le groupe et pendant le voyage. D’autres figurent les accessoires et armes sans avoir à les inscrire sur la fiche. Pratique quand son groupe fait des échanges, mais loin d’être indispensable.

Le seul regret ici est que la version française ne comporte pas l’écran de jeu avec le rappel des règles dans la boîte, comme c’est le cas de la VO. Ceci étant dit, le recours au livret de règles n’est pas insupportable non plus !

Petit (embon) point sur les règles

Je ne vais pas vous faire un retour complet sur les règles de jeu, il me semble que d’autres l’ont fait bien mieux que moi. D’autant plus que le système de L’anneau unique est éprouvé (qu’on l’aime ou pas) en bientôt 15 ans d’éditions. Je vous laisserai donc suivre ces deux liens vers le blog leroliste ou vers la vidéo de RolisteTV ci-dessous pour en savoir un peu plus.

Impressions de lecture

Tout d’abord, j’ai trouvé le lore bien respecté et la Comté présentée comme un univers de vieilles anglaises un peu bitchies m’allait bien. On sentait qu’il y avait tout pour avoir envie de boire le thé au coin du feu mais aussi sentir le frisson, que dis-je, le vertige de l’inconnu en enquêtant par exemple… sur l’origine des champignons d’une tenancière d’auberge ! La plupart des ajouts s’intègrent bien et la région apparaît rapidement comme un terrain de jeu plus vaste qu’il n’y paraît. Les possibilités d’ambiances se multiplient, tout comme les pistes d’aventures rocambolesques, en plus des cinq scénarios déjà écrits.

Cinq scénarios font de la compagnie

Vous aurez tout le contenu sur le site du Grog, parfaitement référencé. Toutefois, pour vous donner une petite idée des cinq aventures dont on va causer plus loin, en voici les titres et grandes lignes :

Une conspiration complètement timbrée : où les PJ (re)font connaissance de Sacquet le fou et où il leur demande d’aller chercher quelque chose au Musée des Mathoms ;
Des chasseurs de trésor experts : où ces braves Hobbits persistent et signent en partant à la recherche
d’une arme célèbre dans toute la Comté ;
De très excellents feux d’artifices : où c’est la course pour éviter une catastrophe à base poudre
explosive dans une mine ;
Facteurs malgré eux : où les PJ sont rattrapés par leurs esclandres et se voient confier une mission des plus étranges ;
Apaiser une bête sauvage : où les Hobbits doivent venir à bout d’un ennemi qui terrorise le Pays de Bouc, aux abords de la Vieille Forêt.

Et justement, ces cinq scénarios proposent de confronter les Hobbits peu à peu aux ténèbres qui grandissent à leur frontière. Leur action se passe entre Le Hobbit et Le seigneur des anneaux et… attention, spoilers, Bilbo prend une place assez importante dans l’aventure. Au rayon des personnages connus des lecteurs de Tolkien, on retrouve cette bonne vieille Lobelia (future Sacquet de Besace) et son Otho de mari, mais aussi Balin, le Nain, ou encore les parents de Frodo. Ce sont d’ailleurs ces personnages que le jeu propose d’incarner dans l’aventure.

De prime abord, ce postulat m’avait déplu. J’aurais préféré des personnages moins identifiés, moins connectés à l’histoire principale, pour avoir la place de créer des dynamiques qui enfermaient moins dans le canon des livres. J’oubliais donc l’objectif de la boîte et le public visé. Et qui plus est, je m’étais trompé. L’avantage de ce type de proposition, c’est qu’instantanément, les joueureuses ont eu un référentiel. L’immersion en était avantagée et ce que je pensais voir comme une limite est peu à peu apparu comme une base solide sur laquelle s’appuyer pour déployer la narration.

Ma playlist perso pour ces aventures dans la Comté !

En route pour l’aventure !

J’ai joué la boîte d’initiation avec deux groupes : le premier n’a testé que le scénario de départ, l’autre en a joué trois. Ces deux groupes avaient toutefois une joueuse en commun, ce qui m’a permis de faire la liaison entre les différents personnages (car tout le monde n’avait pas choisi les mêmes). En revanche, les conditions ont été les mêmes à chaque fois : brunch ou afternoon tea avec des mets tout ce qu’il y a de plus hobbitesques. Voyez plutôt !

« Les Hobbits partagent l’amour des choses qui poussent »… oui oui enfin il est pas bien végé ce brunch !

Attention spoilers !

La suite révèle une partie des intrigues du livret de Scénarios. Si vous êtes joueureuses sur une future table ou bien MJ et préférez garder le plaisir de la découverte pour la lecture, passez votre chemin !

Sur le plan scénario, face à des PJ proposant pléthore de bonnes idées, relativement proactifs et plutôt très malins, le premier d’entre eux (où il s’agit d’aller récupérer une carte au musée des mathoms) s’est terminé plus rapidement que prévu et sans escapade nocturne. Lobelia a su faire preuve de bagout pour s’introduire de jour dans le musée en laissant des employés dépités derrière elle. Un simple tour de passe-passe a suffi pour récupérer l’artefact et les Hobbits rentraient à Cul-de-sac avant le deuxième petit-déjeuner !

C’était le début pour moi, de la pente glissante menant à tout un tas de modifications…

Bondir hors de la poêle…

Par la suite, j’ai zappé le troisième scénario autour des feux d’artifices. Sa trame avait le même schéma que le précédent autour du gourdin de Touque (qui lui aurait permis d’inventer le golf avec une tête de gobelin au cours d’une bataille). Dans les deux cas, les PJ découvrent un lieu qu’ils ne connaissent que de nom. Et puis un Hobbit se met en danger et c’est la course pour aller le sauver. Le groupe se retrouve alors face à un ennemi assez conséquent. Préférant tenir les gobelins, trolls et orcs (au vu de la période jouée) en lisière de la Comté, la solution la plus simple était donc d’enlever le troisième scénario. D’autant que je préférais l’ambiance du deuxième, que j’ai déplacé en hiver pour rendre la région plus austère.

Pour rallonger un peu la sauce, car j’en avais le temps, j’ai utilisé le livret La Comté et ajouté quelques rencontres et péripéties (une auberge un peu vide, une crevasse sur la lande). Et ça a été l’occasion de placer non pas un, non pas deux, mais trois gourdins prétendant au titre d’arme de Brandobras Touque ! Les PJ ont donc eu du mal à déterminer lequel pouvait être le bon, mais cela n’a pas entamé leur enthousiasme, loin s’en faut.

Le troisième scénario (le quatrième du livre du coup, si vous suivez !) où les PJ se font postiers, s’est mué en une balade un peu miteuse (avec perte de poneys et autres désagréments) avant de se terminer de manière plus contemplative lors de la rencontre avec l’elfe. Ici aussi, j’ai fait un peu durer le plaisir grâce au livret La Comté qui m’a permis de créer de toute pièce un cousin à la vie un peu tristoune pour un des PJ, donnant vie à une séquence d’anthologie !

… et finir dans le feu !

Le dernier scénario Apaiser une bête sauvage, reprend dans sa structure la fin de la « balade » de Frodo et consorts, poursuivis dans Le Seigneur des anneaux par les Nazgûl. Le périple des PJ commence avec le père Magotte, continue avec la traversée du bac de Châteaubouc et se termine dans la Vieille forêt avec un Tom Bombadil qui vient à leur rescousse. Autant vous dire que je n’avais pas très envie de coller au texte, même si j’y suis resté fidèle au moins jusqu’à la Vieille forêt.

Là, j’ai changé le sauvetage pour deux raisons. D’une part, je n’avais pas très envie de gérer Tom Bombadil et Baie d’or. J’avais le sentiment que je ne ferais que paraphraser le chapitre du livre où ils apparaissent en moins bien (d’autant que le scénario ne propose pas beaucoup plus). Et donc mes Hobbits ont été secourus par le rôdeur du deuxième scénario. Ils lui avaient sauvé la vie et cela bouclait bien qu’ils leur rende la pareille. Cela m’a aussi permis de lier les deux histoires de ruines de pavillons de chasse et donc de boucler complètement ma narration.

La route se poursuit sans fin ?

En conclusion, on se sera bien amusé avec cette boîte d’initiation, même si ses scénarios sont relativement linéaires. Pour quelqu’un qui se lance, ça peut convenir parfaitement, mais pour des routards du JDR, comme vous avez pu le lire, cela nécessite quelques adaptations. Rien de bien méchant, mais juste se laisser la possibilité de bifurquer des scénarios tels qu’ils sont écrits.

En cela, heureusement, la boîte contient un « livret univers » (le fascicule La Comté) qui permet de rebondir, étayer des embranchements narratifs ou tout simplement de changer ce qui pourrait nous déplaire. Le tout en restant dans les pas de Tolkien, ce qui fait la réussite du projet à mes yeux.

Alors replongerai-je dans L’Anneau unique pour autant ? Pour l’heure je ne pense pas pour la bonne et simple raison que j’ai, je pense, trop de déférence pour les écrits de Tolkien père comme fils. Et j’ai l’impression qu’avec Les Anneaux de pouvoir, Amazon m’a donné un petit aperçu de ce que pouvait donner un mauvais traitement de cette matière (Grand-Elfe, vraiment ?). Donc à moins de tomber sur un excellent scénario ou d’avoir une idée lumineuse qui collerait à une visite en Terre du milieu, je pense que je me tiendrais éloigné de ses rivages même si je prendrai du plaisir à lire la suite des suppléments de la gamme.

D’autant que ce n’est pas parce que je délaisse Tolkien que j’en ai fini avec les histoires d’elfes, mais chut ! Je ne peux pas en dire plus pour l’instant !

Catégories : Des avis comme çaJeu de rôle

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